Interview de Andy Pearson par Xavier DREUX pour le magazine Esprit Bonsai Je compile ici les deux articles que j'ai fait à partir de l'interview que m'a accordé ce potier anglais. Vous pourrez ainsi le découvrir et si vous voulez en savoir plus : Galerie de Andy Pearson Site de Andy Pearson de Stone Monkey Ceramics Force est de constater, dans les expositions, que les potiers européens ont actuellement la côte et que même si les pots japonais, et de Tokoname tout particulièrement, restent des références, ils ont dû laisser de la place pour les petits nouveaux de l’Occident. Partons donc à la découverte d’Andrew Pearson qui appartient sans nul doute à la nouvelle génération de potier bonsaï et dont les pots seront certainement de plus en plus visibles dans les expositions.

Andrew Pearson, potier anglais (Plourhan, mai 2010)

Ayant commencé par hasard à s’intéresser aux bonsaï, c’est encore à un heureux concours de circonstances qui a poussé Andrew à mettre les mains dans l’argile et à consacrer de plus en plus de temps à la création de poterie. Il réside en Angleterre dans le Sussex où il exerce son art depuis près d’une dizaine d’années sous le nom Stone Monkey Ceramics. A plusieurs reprises aux Noelanders Trophy, j’avais pu rencontrer Andy Pearson et voir son travail mais c’est réellement lors du Salon Bonsaï, Fleurs et Jardin organisé par parslonsbonsai.com à Plourhan en mai 2010, que j’ai eu l’occasion d’échanger avec lui et d’en apprendre un peu plus sur ces potiers européens qui nous fascinent.

Andy, quand et comment as-tu commencé à faire des pots ?

La céramique est venue à moi d’une façon complètement inattendue. Lorsque j’étais marié, ma femme en avait marre de ne pas avoir de hobby alors que moi je passais mon temps libre à faire du bonsaï. Je lui ai suggéré de faire quelque chose qu’elle aimait faire à l’école. Alors, un jour, elle est rentré à la maison avec de l’argile pour se mettre à la poterie et moi j’ai commencé à jouer avec. C’est à ce moment là que j’ai pris conscience de tout ce que l’on pouvait en faire. Au début, je faisais des formes simples et j’ai appris petit à petit par moi-même. J’ai vendu quelques pots dans mon Club de Bonsaï et après quelques années Stone Monkey Ceramics a vu le jour et j’ai décidé de me mettre sérieusement à la fabrication de pots et de les vendre.

Tu es aussi bonsaïka ? Comment t’y es-tu intéressé ?

Là encore, je suis tombé dedans par accident. C’était en 1993. Un ami m’a demandé de prendre soin de son arbre pendant qu’il partait en vacances. L’arbre n’a pas survécu ! J’étais tellement effrayé que je suis parti lui acheter le livre Bonsaï Master Class de Peter Chan ainsi que plusieurs autres petits cadeaux afin qu’il m’excuse de la mort de son bonsaï. Lorsque mon ami est rentré de vacances, j’ai découvert qu’il m’avait en quelque sorte joué une farce puisque l’arbre était déjà en train de mourir lorsqu’il me l’a laissé. Ce que je ne savais pas, bien sûr. Mon ami s’est senti vraiment désolé que je me sois inquiété et que je lui ai acheté le livre et tout le reste. Il m’a dit de garder le livre et m’a apporté quelques arbres pour apprendre le bonsaï. C’est comme ça que j’ai débuté et depuis je continue mon chemin de bonsaïka.

Penses-tu que le fait de pratiquer également le bonsaï t’aide pour concevoir et fabriquer tes pots ?

Bien-sûr, connaître les caractéristiques techniques de ce type de pots comme par exemple à quoi servent les trous de drainage ou de fixation est d’une grande aide dans la conception et la fabrication des pots. Tout potier qui veut faire des pots pour bonsaï doit connaître les besoins spécifiques des pots bonsaï mais aussi les subtilités des émaux et couvertes afin de faire ressortir les qualités de l’arbre et lui apporter le meilleur.

Quelles sont tes sources d’inspiration ? Quels sont les potiers dont tu admires le travail ?

Au cours des dernières années, j'ai été fortement influencé par la céramique japonaise et le nombre de livres à ce sujet a envahi ma bibliothèque. Plus récemment, des amis comme Peter Warren et sa grande collection de pots japonais anciens m’ont apporté de nouvelles perspectives à mon travail. J’aime la ligne simple et l’élégance subtile qui se dégage des céramiques japonaises. Leurs formes et proportions ne sont jamais dépassées ni démodées. J’aime le sentiment japonais de wabi sabi, la beauté des objets imparfaits et asymétriques. C’est ainsi qu’un pot prend vie et acquiert son caractère propre : deux pots même très similaires auront toujours des nuances subtiles au niveau de l’email et de l’argile qui leur donneront personnalité et âme. J’adore les pots japonais. La céramique japonaise a donc aujourd’hui un fort impact sur mon travail, cependant Dan Barton et Gordon Duffet ont été et restent aussi des sources d’inspiration. John Pitt, Patrice Bongrand, Ian Ballie et des tas d’autres potiers continuent de m’inspirer et cela me pousse à trouver mon propre style.

Pourquoi avoir choisi le nom de Stone Monkey Ceramics ?

J’étais en train de travailler à la station de métro de Leicester Square à Londres lorsque j’ai commencé à lister des idées de nom pour ce que je voudrais appeler mes céramiques. Je voulais utiliser le fait d’être né l’année du Singe (NdT : Singe se dit Monkey en Anglais). Puis j’ai découvert que l’élément Terre était associé à mon signe chinois. Et c’est ainsi que je choisi le nom de Stone Monkey Ceramics (NdT : Stone signifie Pierre) ! De même, pour le symbole du singe qui me sert de signature, ce fut très facile. Quelques années auparavant, je m’étais essayé, avec peu de succès, à la peinture chinoise et avait acheté un sceau avec l’image d’un singe. Cela m’a semblé tout naturel de l’utiliser pour mon travail de céramiste d’autant que je n’en avais plus aucun usage pour ma peinture…

Qu’est-ce que tu aimes et détestes dans le bonsaï ?

J’aime l’amitié que le bonsaï apporte. Le bonsaï brise tellement de barrière, même le barrage de la langue car le bonsaï est une langue universelle. Il n’y a rien que je déteste particulièrement dans le bonsaï. La seule chose que je remarque et que j’ai tendance à ignorer est l’Ego et le côté politique que l’on voit si souvent. Mais je pense que n’importe qui peut être fier de son travail et des efforts qu’il a dû et su fournir pour produire un bel arbre. Et c’est bien agréable de s’entendre dire que l’on aime ton travail.

Et au niveau de la poterie ?

Tout ce qui concerne la poterie me passionne. Etre capable de prendre cette matière naturelle qui vient de la terre, du sol, de la mettre en forme, de la manipuler, puis de la cuire pour produire quelque chose d’utile et de pérenne est fantastique. Je pense que la poterie touche les gens car c’est un artisanat sans âge qui est pratiqué depuis des milliers d’années. Cela nous ramène à nos racines, à notre besoin de créer en accord avec les éléments : terre, air, feu, eau. Finalement, la seule chose que je déteste dans la céramique est de ne pouvoir y consacrer encore plus de temps.

Justement, comment se déroule ta journée de travail ? Comment travailles-tu ?

Eh bien, j’ai un emploi à temps plein à côté de mon activité de céramiste. Je quitte donc mon domicile pour me rendre à mon travail à 6 heures. Je vais jusqu’à Londres. Je rentre à la maison à 18h30, dîne pendant 30 minutes puis je fais de la poterie jusqu’à 23h. Beaucoup de pots sont fait au tour mais je fais aussi des pots à la main, à la plaque. J’utilise aussi une combinaison des deux techniques pour fabriquer certaines formes. Cela dépend du type de pot que je cherche à exécuter. Par contre, je n’utilise jamais de moule de quelques formes que ce soit et je ne le ferai jamais. Je ferai toujours mes pots à la main sans moule. Je réalise moi-même la plupart de mes glaçures mais lorsque j’ai débuté, j’utilisais plusieurs glaçures disponibles à ce moment là dans le commerce. J’utilise un four à gaz pour cuire mes pièces. J’aime les flammes qui courent et entourent mes pots. Même en utilisant le même email, sur la même argile et déposer le pot au même endroit dans le four, il sortira toujours différent. Ce qui rend très difficile la reproduction à l’identique d’un effet et qui donne aux pots leur caractère et individualité. On peut dire que je passe pratiquement tout mon temps libre à faire des pots. Peut-être que c’est pour cela que je suis encore célibataire (sourire).

Quels sont tes désirs ou tes projets dans le domaine de la céramique ?

Mon rêve est d’être capable de laisser tomber mon emploi pour me concentrer sur la céramique à plein temps. Je sais que cela finira par arriver, il est juste question de savoir quand.

Quel type de céramique fais-tu ? Est-ce que tu fais également des pots pour plantes d’accent ? De la vaisselle ? Des sculptures ?

Mon travail est essentiellement axé sur le bonsaï et la fabrication de pots. De temps en temps, je m’attèle aussi à la réalisation de pots à Kusamono. Mais cela n’est pas si fréquent, à dire vrai. Cependant, je trouve que c’est un exercice où je peux exprimer plus facilement ma créativité et expérimenter de nouvelles idées, des formes et des émaux différents. Par ailleurs, j’ai commencé à fabriquer des Yunomi (NdT : des petites tasses à thé) et l’on ma demandé de faire des bols et autres ustensiles. J’ai aussi participé à plusieurs projets éducatifs dans l’école où travaille mon ex-femme.

Qu’est ce que t’apporte la pratique de la poterie ?

Tout d’abord, c’est le côté créatif qui me plait. J’ai toujours été attiré par l’art : dessin, peinture ; j’ai toujours fais quelque chose de mes mains. Le bonsaï a juste été une étape naturelle sur le chemin de la création, qui m’a amené à la céramique.

Un peu plus tôt, nous parlions de trouver son propre style dans la céramique. Comment définirais-tu le tien?

Inspirés par l’Est et réalisés à l’Ouest

Comment vois-tu l’avenir de la poterie bonsaï en Europe ? Et par rapport au Japon ?

Il s’agit d’un marché de niche donc par définition très limité. Rien qu’en Angleterre, nous avons une dizaine de potiers professionnels. C’est donc très difficile d’en faire son métier et sa seule source de revenu. Pour le moment, je ne suis potier qu’à temps partiel. Mon rêve est de pouvoir le faire à temps plein mais je sais que je devrais faire des concessions, comme produire d’autres types de céramique pour pouvoir en vivre. Il y a de nombreux potiers bonsaï en Europe. Les clients et amateurs bonsaïka ont plus de choix pour trouver le pot qui correspond à leur envie ou leur besoin ce qui est une très bonne chose mais cela rend également encore plus difficile pour un potier d’en vivre.

Au niveau bonsaï, quelle est ton essence préférée ?

Aubépine formée par Andy Pearson

C’est un choix très difficile, il y a tellement de choix et tellement de matériel de qualité à prélever ici en Angleterre. J’adore l’aubépine pour ces petites feuilles, l’aspect âgé de son écorce et sa floraison. De même, le cotonéaster est à mon avis, une espèce sous estimée qui n’est pas utilisée très souvent pour le bonsaï mais qui regroupe pourtant toutes les qualités requises pour créer un super bonsaï. Je suppose que je devrais choisir le pin sylvestre. Ils sont très faciles à mettre en forme, autochtone et très résistants. Et par-dessus tout, le sylvestre parvient à donner l’image typique d’un bonsaï lorsqu’il acquière maturité et patine.

Que voudrais-tu voir changer dans le monde du bonsaï ? Et pourquoi ?

Rien en particulier. La communauté Bonsaï s’agrandit rapidement à travers le monde et Internet y est certainement pour beaucoup. Le message que je voudrais faire passer au gens est de se faire plaisir avec le bonsaï et de ne pas trop être enfermé dans les règles. Si les dirigeants du monde traitaient les autres comme nous prenons soin de nos bonsaï, alors le monde serait certainement meilleur.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Allez voir mon travail sur mon site web. Peut-être aurais-je la chance de vous aider à trouver le pot qui mettra un de vos bonsaï en valeur. Je suis plus particulièrement attiré et spécialisé dans les pots de petites tailles (shohin et mame) mais n'hésitez pas à me lancer des défis...
Entretien avec Andy Pearson sur parlonsbonsai.com